Dernier concert enregistré par Radio-Canada

Cliquez ici pour écouter le concert Ibérie mystique qui ouvrait la 41ième saison du Studio de musique ancienne de Montréal.

Biographie

Christopher Jackson (1948 – 2015)
visionnaire et passionné

Difficile de décrire en quelques mots un homme aussi talentueux que Christopher Jackson et de prendre la mesure de son influence tant ses réalisations sont nombreuses. Disons d’abord que l’homme fut organiste, claveciniste, chef d’orchestre, directeur artistique, professeur et mentor. Véritable pionnier dans la diffusion de la musique ancienne au Canada, il s’avérera, en plus, un infatigable détective, fouillant les bibliothèques à la recherche de partitions oubliées ou non encore publiées.  Aidé de musicologues et d’historiens, Christopher Jackson travaillait continuellement à dénicher des trésors qu’il s’empressait de ressusciter pour notre plus grand plaisir.

Jouissant d’une renommée internationale, Christopher Jackson a été invité à diriger de prestigieux ensembles en France, en Belgique et en Espagne, notamment l’opéra Orfeo de Monteverdi lors d’une tournée française en 1998. En 1999, l’Université Laurentienne (Ontario) lui remettait un doctorat honorifique en reconnaissance de sa contribution au monde de la musique.

Le domaine de la musique ancienne, aujourd’hui si florissant à Montréal, doit beaucoup à Christopher Jackson. En fondant le Studio de musique ancienne de Montréal en 1974, Jackson visait juste ; un des premiers concerts de l’ensemble attire plus de 400 personnes, un nombre considérable à une époque où le Canada s’éveille à peine à la musique ancienne. La création de l’organisme suscite un tel engouement au Québec et au Canada, qu’on assiste par la suite à l’émergence de plusieurs ensembles qui se consacrent à ce répertoire. En plus d’être partagée, sa passion s’est avérée contagieuse…

Christopher Jackson a aussi mené une brillante carrière académique. Doyen de la faculté des Beaux-Arts de l’Université Concordia de 1994 à 2005, il fut l’un des instigateurs d’un partenariat inédit entre les facultés des Beaux-Arts et d’Ingénierie. Celui-ci donnait naissance, en 2005, au pavillon intégré Génie, informatique et arts visuels, un bâtiment ultra-moderne équipé d’installations de pointe, destinées autant aux médias traditionnels (arts d’impression, fibres, photographie et histoire de l’art) qu’aux nouveaux médias et aux technologies numériques.
M. Jackson est décédé le 25 septembre 2015 suite à des complications liées à un cancer du poumon et ses traitements.

Sa disparition soudaine nous plonge dans une immense tristesse et elle créera à coup sûr un grand vide dans le milieu musical.

TÉMOIGNAGES

Yves St-Amant, Doyen du choeur

Hommage à Christopher Jackson                                                              18 octobre 2015

Merci d’être venus assister à ce concert dédié à la mémoire de Christopher Jackson, notre chef et directeur musical décédé le 25 septembre dernier. Mes collègues et moi sommes très touchés de vous voir ici aujourd’hui en si grand nombre. Sans la fidélité de son public, cette grande aventure qu’est le Studio de musique ancienne de Montréal n’aurait pu se poursuivre si longtemps.

Mon nom est Yves Saint-Amant. C’est à l’automne 1975 – il y a donc exactement 40 ans – que j’ai chanté pour la première fois avec le Studio de musique ancienne sous la direction de Christopher Jackson. Christopher a occupé une très grande place dans ma vie et, à n’en pas douter, dans la vie de tous les chanteurs et instrumentistes qui ont fait partie du Studio pendant ces quatre décennies. Sous sa direction, nous avons participé à des centaines de concerts, ici même, à St-Léon-de-Westmount, à la chapelle du Grand Séminaire, à l’église Notre-Dame-du-Très-Saint-Sacrement et dans combien d’autres églises de Montréal. Nous avons fait plusieurs tournées et participé à de nombreux enregistrements sur disque et pour la radio. Le décès de Christopher est pour nous une grande perte. Nous aimions tellement faire de la musique sous sa direction.

En tant que doyen du chœur du Studio, j’aimerais aujourd’hui – en mon nom et au nom de mes collègues – rendre hommage au chef, à l’interprète hors du commun, au grand artiste qu’était Christopher Jackson.

En plus de diriger les chefs-d’œuvre de la période baroque – les Vêpres de Monteverdi, le Messie de Handel, la Messe en si, la Passion selon saint Jean, l’Oratorio de Noël et les motets de Bach, – Christopher nous a fait découvrir une multitude d’œuvres de musique sacrée composées par les grands polyphonistes de la Renaissance. Il ne s’est pas limité à la musique ancienne. Il a dirigé des motets de Mendelssohn, Brahms et Bruckner qui s’inscrivent dans la grande tradition contrapuntique, a enregistré la musique d’Arvo Pärt et plus récemment, monté un programme Taverner et Tavener que nous avons donné en tournée. Christopher était fasciné par ce vaste répertoire que constitue la mise en musique des textes sacrés. Combien de messes, de psaumes, de motets, d’oratorios nous avons chantés ! C’était là son répertoire de prédilection, le répertoire qui a composé la grande majorité des programmes de concerts du Studio.

Christopher était un interprète inégalé de ce répertoire. Il en maîtrisait parfaitement le langage. Il abordait ce répertoire en musicien, bien sûr, mais aussi en orateur qui connaissait on ne peut mieux les règles et les procédés de la rhétorique musicale et leur application à la musique vocale. Cela lui permettait de suivre pas à pas les mouvements de la musique, de donner à chaque phrase sa signification, sa couleur, son relief. S’il insistait sur la beauté du son, la justesse, la précision de l’articulation et du rythme, l’élégance du phrasé, ce n’était pas seulement pour leur valeur propre. Tous ces éléments étaient pour lui des moyens qu’emploie la musique pour exprimer le sens du texte.

Le rapport texte-musique le passionnait. Il cherchait sans cesse à saisir les intentions du compositeur et n’hésitait pas à remettre en cause la justesse de ses interprétations.  Parfois, durant les répétitions du chœur, il y avait un grand moment de silence. Christopher était assis et réfléchissait. Nous nous demandions ce qu’il allait bien nous dire. Il arrivait qu’il se mette à méditer à voix haute sur le sens du texte, sur différentes possibilités d’interprétation d’un verset de psaume. Il poursuivait alors devant nous sa réflexion, un peu comme un prédicateur. Nous aimions beaucoup ces moments-là. Ses propos étaient toujours fort intéressants et inspirants.

Christopher dirigeait la musique ancienne comme personne d’autre. Il recherchait la souplesse. – Une de ses expressions favorites était qu’il fallait jouer et chanter « de façon ductile » (nimble). Combien de fois il a employé ce mot, et chaque fois, cela nous faisait sourire. Il recherchait des tempi, des dynamiques qui permettraient à la musique de parler, qui lui laisseraient le mieux exprimer le sens du texte. Il ne croyait pas qu’il soit nécessaire d’user d’artifices, d’avoir recours à des tempi rapides pour rendre la musique intéressante ou de chanter fortissimo pour impressionner l’auditeur. Au contraire, il privilégiait des tempi plutôt lents qui permettaient d’entendre le texte et les harmonies, il était convaincu qu’une énergie contenue était plus éloquente qu’un fortissimo. Il savait faire ressortir les thèmes, équilibrer les structures, souligner l’apparition d’un accord expressif. Il voulait que tout soit « lisible » – un autre de ses mots préférés. La musique qu’il faisait était sensuelle, subtile, élégante, et surtout, elle avait de la profondeur, elle avait de l’âme.

Bien que très réservé, Christopher était doté d’un grand charisme. Sa présence, son attitude suffisaient à en imposer. Il avait beaucoup d’autorité mais c’était une forme d’autorité qui n’excluait ni le doute, ni la vulnérabilité… ni l’humour. Il était très exigeant, pouvait être très critique. Il lui suffisait de dire avec une petite moue dédaigneuse : « C’est pas très bon… », et nous savions alors qu’il fallait faire mieux. Son idéal était placé très haut.

Pourquoi voulions-nous tant lui plaire ? Pourquoi tenions-nous tant à chanter avec le Studio ? Pour recevoir des compliments de sa part ? – Il en faisait rarement.  Parce que nous avions conscience de faire partie d’un petit groupe de privilégiés ? – C’est sûrement cela, c’était un privilège de pouvoir faire cette musique magnifique sous sa direction. Et il arrivait parfois que la magie se produise, que le chœur, l’orchestre et le chef entrent en symbiose. Nous oubliions alors qui nous étions et où nous étions. Nous nous perdions dans la musique, dans l’œuvre qui était en train de se réaliser, intemporelle et ineffable.

Même s’il n’a pas laissé de traité résumant ses conceptions, sa vision de la musique ancienne et de son interprétation, Christopher a exercé une très grande influence. Il a fait comprendre et aimer la musique ancienne à tant de gens. Il a contribué à former les nombreux chanteurs et instrumentistes qui ont travaillé sous sa direction, dont certains ont ensuite constitué leur propre groupe. Il a partagé ses connaissances avec une foule de musiciens amateurs, entre autres lors des sessions de Cammac. Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de participer avec lui à quelques fins de semaine Bach. Le plaisir qu’il éprouvait à faire travailler les cantates de Bach – de la musique somme toute assez difficile ! – aux musiciens amateurs était évident. Et j’avais l’impression que ce qui les amenait à se surpasser, c’était surtout ce qu’il leur communiquait sur le sens de l’œuvre et du texte, sur les intentions du compositeur. Il attachait beaucoup d’importance à cette forme d’enseignement. Il était également une source d’inspiration pour les jeunes chefs et les étudiants en direction chorale à qui il a donné des ateliers. Christopher se survit par ses enregistrements bien sûr, mais je dirais qu’il se survit surtout dans l’amour et la compréhension qu’il nous a laissés de la musique ancienne. Il continue de faire de la musique à travers nous.

Depuis quelques années, après les concerts, je disais merci à Christopher. Merci de faire que toute cette beauté puisse se réaliser, et merci de me permettre d’y participer. Aujourd’hui, même s’il n’est plus là, j’aimerais lui dire encore une fois merci, en mon nom et au nom de tous mes collègues actuels et passés, chanteurs et instrumentistes qui font partie de cette grande famille que forme le Studio de musique ancienne de Montréal, et enfin, en votre nom à vous, auditeurs nombreux et fidèles avec qui il a partagé la musique qu’il aimait tant.

MERCI, Christopher, tu as enrichi nos vies. Tu vas nous manquer.

Kelly Rice, Directeur / Avancement universitaire / École de musique Schulich Université McGill

I owe my career to Christopher.  When I was 17, he heard me play at the Kiwanis music festival in Sydney NS.  His encouragement that day led me to Montreal to study early music at McGill.  There are many of you here today who have similar stories about his mentorship.

For 20 years, I recorded SMAM as a producer and host for CBC Radio 2. The Monteverdi Vespers, les Grands Motets and Histoires sacrées of Charpentier, The 40 part motet of Tallis, the Psalms of Schutz —– this is music that I discovered because of Christopher, and it was a priviledge to share it with listeners from across the country. 

Today’s concert is typical of how Christopher put a programme together. He takes a composer or a theme and he explores it in a variety of ways : Through different colours and textures for example.  It’s an intellectual as well as a sensual experience. We are taken on a spiritual journey through sound over 90 minutes, and he is our trusted guide.

It says a lot about the sophistication of Montreal audiences that we traveled with him for more than 40 years, always in a spirit of discovery and curiousity.

He was our maitre de chapelle, and Montreal was his parish.

Bernard Labadie, directeur artistique et chef, Les Violons du Roy

Le départ de Christopher laisse un grand vide dans la vie musicale montréalaise et canadienne, et dans le coeur de ceux qui, au fil des ans, ont pu profiter de son immense compétence, de son charisme et de son humanité. Ayant moi-même échappé de peu au cancer cette année, sa mort me touche profondément et nous rappelle une fois de plus – comme si c’était nécessaire! – l’insoutenable fragilité de nos existences. Mes sympathies à sa famille et à tous ceux qui l’ont connu de près. Rest in peace Christopher.

Walter Bruno, mélomane

As someone who has returned to the city after many years, it was a delight to discover the SMAM and Chris Jackson. May he always be celebrated. Merci Chris de tout le bonheur et de toute la beauté que tu as su nous apporter de par ton talent et érudition.

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